VULCI, 28 JUILLET 2025 – La deuxième campagne de terrain du projet Retour à Vulci s’est achevée la semaine dernière. Le projet est porté par l’Université La Sapienza de Rome, l’École française de Rome et le British Museum, avec le précieux soutien de la Bibliothèque nationale de France (BnF), de la Surintendance Archéologie, Beaux-Arts et Paysage pour l’Étrurie Méridionale, du Parc Archéologique de Vulci, du Musée Archéologique de Vulci (Musées nationaux du Latium), et grâce à une contribution importante du Fonds de dotation Arpamed.
Il s’agit d’une initiative collective et multidisciplinaire qui vise à redonner identité et contexte à l’une des zones les plus complexes et historiquement compromises de la nécropole sud-orientale de Vulci : le secteur de la Polledrara.
Le projet poursuit un double objectif : d’une part, redocumenter une partie de la nécropole marquée par les fouilles du XIXe siècle, les pillages et les transformations agricoles ; d’autre part, reconstruire les contextes dispersés et recomposer le paysage funéraire originel de l’une des plus grandes cités de l’Étrurie préromaine.
Le Tumulus Gsell

Le projet s’est concentré sur le soi-disant Tumulus Gsell, déjà repéré et partiellement fouillé en 1889 par Stéphane Gsell, jeune archéologue français agissant pour le compte de l’École française de Rome sur les terres du prince Don Giulio Torlonia. Ces recherches, comme en témoigne le volume Fouilles dans la nécropole de Vulci (1891), marquèrent le début d’une nouvelle phase d’archéologie scientifique à Vulci, une cité étrusque déjà célèbre au XIXe siècle pour ses nécropoles et la richesse de ses mobiliers funéraires qui alimentaient le marché antiquaire européen.
Gsell décrivit un grand tumulus funéraire, d’environ 98 mètres de circonférence, entièrement revêtu de nenfro, la pierre volcanique violette typique de la région. Toujours à Vulci, non loin de la Polledrara, se trouvent deux autres structures monumentales similaires : la Cuccumella et la Cuccumelletta. Le tumulus identifié par Gsell ne fut jamais entièrement exploré : le couloir d’accès à la chambre funéraire principale ne fut jamais trouvé, et les travaux furent interrompus en raison de difficultés techniques et de coûts trop élevés.
Aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, le projet Retour à Vulci vise à reprendre ces recherches interrompues, avec de nouveaux outils et une approche intégrée mêlant archéologie de terrain, géophysique et étude des sources. Après une première phase de cartographie et d’analyse topographique, cette année ont été poursuivies les prospections géophysiques et géologiques, accompagnées de sondages archéologiques ciblés. Ces opérations ont permis d’identifier les premières tombes rattachées au tumulus, confirmant son rôle de monument fondateur dans le paysage funéraire de Vulci.
Le tumulus se situe en effet à l’extrémité sud de la nécropole, le long de l’axe menant à la mer. Il s’agit d’un véritable repère funéraire, autour duquel de nombreuses autres tombes – à coffre ou à chambre – se sont développées, témoignant de la stratification et de l’importance de la zone. Les structures identifiées cette année révèlent une fréquentation intense et une progressive monumentalisation du secteur dès l’époque orientalisante.


La campagne 2025, dirigée par Christian Mazet (British Museum), Laura Maria Michetti et Alessandro Conti (Université La Sapienza de Rome), a vu la participation d’archéologues et de chercheurs venus également de La Sapienza, de l’Université de Salerne, de l’École française de Rome et du laboratoire de géosciences GEOPS. Les prospections géophysiques menées par GEOPS ont permis de détecter des anomalies souterraines, fournissant des indications précieuses pour les futures fouilles.
Le soutien du Fonds de dotation Arpamed a été essentiel à la réalisation de cette campagne, apportant ressources économiques et logistiques. Arpamed est un fonds de dotation français qui soutient la recherche archéologique dans le bassin méditerranéen et en Italie. Sa mission est de favoriser la conservation, l’étude et la valorisation du patrimoine ancien à travers le financement de fouilles, restaurations et activités de formation.
Une relecture historique
Le paysage apparemment silencieux de la nécropole cache donc une densité de structures et de mémoires qu’un travail patient et partagé peut seul faire émerger. Les opérations de cette année ont été conçues comme une phase préparatoire à des fouilles plus vastes, prévues pour l’été 2026, qui se concentreront sur la possible chambre funéraire principale du tumulus et sur l’organisation de la zone environnante.
À terme, le projet Retour à Vulci n’est pas seulement une enquête archéologique, mais une relecture historique et critique de l’archéologie du XIXe siècle, une tentative de relier les données matérielles aux témoignages documentaires, aux collections muséales, aux dessins et aux cartes anciennes. C’est une réécriture de l’histoire de Vulci, mais aussi une réflexion sur la pratique même de l’archéologie : sur la nécessité de revenir sur les lieux, sur les traces des premiers fouilleurs, pour mieux comprendre ce qui reste et ce qui a été perdu.
Dans ce même esprit s’inscrit également le projet Vulci nel Mondo. Outre le rassemblement des ressources disponibles sur l’ancienne cité étrusque, il est en train de créer une base de données intelligente, multimédia et accessible gratuitement, rassemblant tous les objets archéologiques provenant de la zone de Vulci, aujourd’hui dispersés dans les musées et collections en Italie et dans le monde. (En quelques années, Vulci nel Mondo est devenu la plus grande base de données en ligne disponible sur les objets provenant de l’Étrurie.)
Comme l’écrivait Gsell en 1891 : « Nous avons suspendu cette fouille, dont la continuation aurait été fort coûteuse. » Aujourd’hui, cette continuation est enfin une réalité. Et elle est soutenue par une communauté scientifique internationale qui reconnaît en Vulci un site clé pour comprendre le monde étrusque et sa longue mémoire.

